mardi 13 mars 2012



La danse à l'école : une nécessité

La danse est un art du mouvement
Jouer de ses coordinations motrices, hors de toutes contraintes utilitaires et compétitives : voilà qui motive les enfants , les plus petits. Mais aussi les plus grands pour peu que l'on sache contourner les résistances, les incompréhensions. Il s'agit de lier ces expériences à  une culture artistique :
Bouger : un plaisir et un besoin. Initialement lié à la survie dans l'histoire de l'évolution.
Avec la complexification des modes de vie de l'espèce humaine le mouvement, exploré et travaillé pour lui-même, est devenu un mode de représentation symbolique de l'humaine condition, comme d'autres domaines artistiques qui s'appuient sur les sons, les images, le verbe...
On conçoit aisément l'ancrage esthétique : à l'image de la musique qui organise les sons, la danse travaille le rythme, le phrasé par le geste et les déplacements , les variations d'intensité et de vitesse en prise directe avec des variations de la tonicité . Les corps en mouvement découpent, architecturent l'espace, tracent des lignes de fuite, imposent des volumes...Des correspondances artistiques facilement reliées avec des oeuvres visuelles, sonores, scéniques, à faire voir à des enfants.

Les danses, qu'elles soient populaires ou savantes, sont toujours le résultat d'une histoire culturelle en phase ( ou en rupture) avec des époques, des courants de pensée, des contrées. Cette réalité forge bien sûr l'image que s'en font les enfants.Pourtant, quand elles atteignent une haute technicité, fruit d'évolutions propres à chaque style, elles ne peuvent pas constituer une référence majeure dans le cadrede l'école pour tous.
En revanche les racines de toutes danses c'est à dire l'ancrage dans les sensations, les jeux avec la pesanteur, le temps, l'espace, les autres, l'environnement, offrent un support à un engagement corporel. Ce qui permet d'inscrire de l'indicible là où une mise en forme verbale ne le permettrait pas.
La danse travaille à l'émergence du plaisir émotionnel qui nourrit le mouvement, ce qui fait une part de sa dimension artistique.
A l'école, on fait souvent découvrir aux élèves le plaisir de danser à partir de leurs propres inventions, tandis que les professionnels de la scène, même s'ils ont participé à ll'émergence de la matière de la pièce par leurs improvisations, se plient aux exigences de l'univers du chorégraphe lors de l' interprétation.
"la danse à l'école n'est pas l'école de danse" proclame Marcelle Bonjour
La danse c'est beaucoup l'art des nuances dans le geste, le lieu des variations de forces, de dynamismes, traduisant un engagement émotionnel que le chorégraphe Alwin Nicolaïs a nommé "le Motion", qui signe une bonne part de la singularité du chorégraphe comme celle de l' interprète.

Dans une perspective de représentation, même avec des petits, on n'évacue pas pour autant l'école de la rigueur : savoir mémoriser, peaufiner, reproduire, respecter des exigences......à la condition de sauvegarder un engagement corporel habité par l'émotion.
Relier les plaisirs ludiques du mouvement aux processus de la création artistique, il s'agit là une priorité éducative qui se révèle bien plus prioritaire qu'il n'y paraît :

Le "danser ensemble" convoque des aventures qui développent l'empathie : capacité de ressentir ce qu'éprouve l'autre, de communiquer avec l'autre. Les découvertes récentes en neuro-sciences (des neurones "miroirs" spécifiquement sollicités dans la perception d'autrui) coïncident avec ce que l'on met en jeu : la complicité de l'écoute entre partenaires.


Le processus empathique (qui ne préjuge pas de la qualité artistique) circule entre les interprètes, mais aussi en direction du public. Quelque soit le contexte : professionnel ou amateur, sur le plateau du théâtre ou sur l'estrade de l'école.
Développer la sensibilité par la danse met en jeu tout ce qu'on commence à connaître sur les racines de la connaissance et des inter-actions sociales.
Tous les enfants aspirent à "devenir grands" On peut les y aider par une prise en compte du sensoriel : à la lumière des connaissances en neuro-physiologie, on soupçonne fortement que tout le système organique innervé interviendrait dans les prises de conscience, de mise en action, de réflexion sur l'action. Il est convoqué dans son ensemble pour un accès à la conceptualisation.( voir les travaux de *françois Guite)


Or le mouvement est en inter-action directe avec les sensations, qu'elles proviennent des perceptions de l'environnement (l'extéroception) ou de l'activité corporelle conscientisée (la proprioception). Les enfants dans la petite enfance construisent cet ancrage organique des savoirs. D'où la nécessité d'exercer de tels fondements A tout âge la danse représente un atout particulier (majeur) pour enrichir le développement sensoriel.
En travaillant en profondeur l'affinement de la conscience corporelle, on restructure une coordination motrice plus fluide, ergonomique, qui soulage les tensions et prévient les blessures. Ce qui explique l'intégration de ces " pratiques somatiques" * depuis plusieurs années dans les formations professionnelles des artistes de la scène.
Il semblerait, à la lumière des modèles proposés par les neuro-sciences que ces réorganisations du schéma corporel influent sur l'organisation du psychisme. La sensibilité émotionnelle s'enracinant semble-t'il dans les sensations.
Des travaux en science de l'éducation de Daniel Favre (neuroscientifique et professeur universitaire à Montpellier) soulignent :
"L'état émotionnel du sujet interfère en permanence dans le traitement des informations et dans la construction des représentations...Il n'y a donc pas de fonctionnement cognitif indépendant d'un fonctionnement émotionnel".

Des sensations au sensible, du sensible à l'émotionnel et au conceptuel, on perçoit à quel point l'éducation artistique est inextricablement liée à l'éducation en général.

Et une éducaton artistique doit se frotter abssolument avec les acteurs qui font la culture : les créateurs, les artistes, les médiateurs, les oeuvres.

Dans un partenariat artiste – enseignant.chacun, des partenaires ne pourra jamais remplacer l'autre.

Un artiste en particulier, s'il a le goût de la transmission, apporte une inégalable intuition sensible qu'il conjugue à sa connaissance du domaine artistique pour emmener les enseignants et les élèves dans les aventures du processus créatif. Ce parcours nécessaire n'est actuellement pas généralisé.
Cependant mettre en danse des enfants concerne tous les protagonistes qui s'engagent dans une éducation artistique via cette pratique.
Un certain nombre de situations classiques d'entrées dans l'activitésont connues , des documents en répertorient.

Toutefois un des écueils de la pédagogie de la danse à l'école tient dans un contresens pédagogique souligné par plusieurs artistes qui témoignent dans ce dossier : vouloir plaquer des méthodes didactiques pré-établies au lieu d'être dans l'incertitude accueillante de ce qui va arriver. Hors pour qu'advienne un déclenchement authentiquement créateur chez l'enfant, il faut accepter un positionnement équivalent chez l'enseignant : un dialogue dans l'aventure, et non une manipulation vers un but pré-déterminé.

On s'inspire aussi de systémes d'écriture chorégraphique via des formations et des rencontres avec les artistes Mais on a peu de chances de déclencher le processus artistique chez les enfants si le regard porté sur leurs réponses n'abandonne pas tout dogmatisme.
La qualité de la relation pédagogique favorable relève du dialogue qui "cherche avec", en sachant reconnaître cet état émotionnel particulier à la fois au jeu et au fonctionnement poétique.Et les enseignants, même dans le cadre d'un travail partenarial, ont besoin d'acquérir une confiance dans leurs références culturelles, de réveiller en eux-mêmes une dimension créative afin de faire corps avec le même processus chez les élèves.

C'est un moment magique que celui du plaisir artistique partagé par tous pendant un atelier.Un cheminement magique aussi quand tout un projet de classe s'organise autour d'un projet culturel qui relie la pratique à la connaissance.
On sait de plus en plus combien ces projets infléchissent une dynamique de classe vers la réussite, en renforçant profondément l'estime de soi des élèves et leur appétit d'apprendre.
:
Relier une pratique personnelle et collective à la connaissance d'une culture...
Relier des connaissances qui prennent sens via le cheminement d'un projet artistique...
Relier une pratique culturelle au développement de des potentialités de la personne...
En résumé : faire rencontrer la danse et l'art chorégraphique aux élèves dans le cadre l'école.
Anne Sachs

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